Avatar, c'est une franchise un peu bizarre, parce qu'elle n'a jamais réussi à égaler le niveau qu'elle avait atteint avec son premier volet. C'est un peu comme si Marvel essayait encore aujourd'hui de faire aussi bien que le premier Iron Man. Au début des années 2000, un gamin de 12 ans a endossé le rôle de l’Avatar et a ramené la paix dans le monde. À sa mort, on a découvert sa successeure, une Avatar un peu turbulente, qui a eu ses moments de gloire mais qui n’a jamais vraiment égalé le succès de son prédécesseur (en termes d’accueil critique de sa série, en tout cas). Aujourd’hui, on retrouve Aang, mais il a vieilli, tout comme le reste de l’équipe originale de l’Avatar, alors qu’ils partent en quête pour découvrir les secrets d’un ancien Avatar et voir s’ils peuvent rétablir les Nomades Maîtres de l’Air.
C’est une intrigue qui te semblera peut-être familière si tu as vu La Légende de Korra. La saison 3 de cette série se concentre en grande partie sur le retour des Maîtres de l’Air en tant que peuple, mais bien sûr, Aang n’est plus là pour voir ça se concrétiser. Ce film repose sur un postulat intéressant : on découvre ce que fait le Dernier Maître de l’Air lorsqu’il se rend compte qu’il n’est plus seul.

Il y a une sacrée pression autour d’ Avatar Aang: The Last Airbender, tant pour les fans qui regardent le film que pour les créateurs. C’est la première production animée de l’univers d’Avatar qu’on ait eue depuis de nombreuses années. C’est du nouveau contenu, qui nous ramène vers les personnages les plus adorés que la franchise ait jamais créés, et il doit aussi réussir à donner l’impression d’un film de grand écran, même si Paramount voulait juste le mettre sur sa plateforme de streaming. C’est injuste qu’un simple film de 98 minutes doive porter un tel poids sur ses épaules, mais en même temps, les fans en sont venus à attendre le meilleur d’Avatar, même si la franchise ne peut pas toujours être à la hauteur.
Cette ambiance de grand écran est clairement réussie grâce aux graphismes d’Avatar Aang : Le Dernier Maître de l’Air. L’éclairage est vif, avec une lueur cinématographique constante, et même si l’animation n’est pas toujours des plus fluides, les séquences de maîtrise des éléments sont très dynamiques, ce qui te permet de ressentir le rythme de l’action. Le design des personnages adultes de l’équipe Avatar est un peu inégal : la plupart d’entre eux semblent assez génériques par rapport à leur apparence d’enfants. Les visages d’Aang et de Katara paraissent parfois assez inexpressifs, ce qui n’aide pas quand on sait que leur relation est l’un des principaux axes émotionnels du film. Comme dans la série originale, * Avatar Aang: The Last Airbender * n’hésite pas à donner un côté loufoque à ses personnages, ce qui fait qu’on a droit à une certaine variété dans les designs tout au long du film. Des têtes qui grossissent, des corps qui se décomposent : c’est le retour bienvenu d’une comédie loufoque et plus physique.
On retrouve ici des éclairs de l’ancien Avatar, tout comme des moments aux thèmes bien écrits et à l’action percutante. Le problème, c’est qu’ Avatar Aang: The Last Airbender donne jamais l’impression d’avoir le temps de tout mener de front. C’est le grand retour de l’équipe d’Avatar, mais c’est aussi une histoire personnelle de découverte de soi et de pardon pour Aang. On a un méchant avec le Maître de l’Air musclé mais marqué par les cicatrices incarné par Dave Bautista, et pourtant, il nous faut aussi une bande d’extrémistes non-maîtres parce qu’il faut qu’on pique un autre fil conducteur à La Légende de Korra. Il se passe tellement de choses qu’on a l’impression de regarder une liste de cases à cocher plutôt qu’un film. On a l’impression que le film ne fait confiance à aucun de ses éléments assez longtemps pour te permettre de t’y attacher plus de dix minutes. Quand nos héros se retrouvent vaincus, au bord d’une défaite totale, ils peuvent se téléporter pour rejoindre le combat final en quelques minutes à peine après avoir trouvé une solution à leur situation plutôt désespérée. Ça aurait pu être l’occasion de voir l’équipe Avatar reprendre ses vieilles habitudes, mais au lieu de ça, on ne peut pas s’attarder longtemps avec nos personnages préférés, parce qu’ils ont une intrigue à mener à bien.
Au moment de ce combat final, les choses deviennent un peu ridicules pour permettre une confrontation finale quasi apocalyptique entre Aang et le méchant. Ce combat en lui-même est assez décevant, vu que le reste de l’équipe Avatar est coincé à se battre contre des adversaires de second plan, et que la montée en puissance du méchant principal semble plutôt inutile et inefficace. On s’appuie un peu trop sur ce monde des esprits, vague et flou, pour tout boucler de manière un peu trop lisse à la fin. Encore une fois, le film oscille entre une aventure sympa, un clin d’œil aux fans, et une histoire très sérieuse sur la culpabilité du survivant liée à ceux qui ont été laissés pour compte par un génocide. Il ne réussit pas tout à la perfection, mais en même temps, l’univers d’Avatar est tellement apprécié qu’il est difficile de ne pas apprécier cette nouvelle aventure avec le Gaang.

Cela dit, ce n’est pas le même Gaang que tu connais et que tu aimes. Tous les acteurs principaux ont été remplacés, même Zuko, alors qu’il avait l’une des voix les plus emblématiques de tout le monde de l’animation. La plupart s’en sortent plutôt bien dans leurs nouveaux rôles, mais j’ai eu beaucoup de mal à m’habituer à Eric Nam dans le rôle d’Aang. Il a une voix de héros assez générique, un peu « garçon manqué », un peu comme un Deku plus adulte, ce qui, à mon avis, ne rend pas bien justice à Aang. C’est difficile d’écrire un personnage dont l’enfantillage est ancré au plus profond de lui-même alors qu’il atteint l’âge mûr de 25 ans, mais en même temps, j’ai eu l’impression qu’Aang devient dans ce film une simple somme de ses éléments, plutôt qu’un personnage crédible. Tagha, l’antagoniste, donne une impression similaire, surtout parce que sa transformation d’ami en méchant est tellement précipitée que tu en as le tournis. Le fait que Tagha soit un maître de l’air soulève aussi plein de problèmes par rapport à l’univers officiel et à la chronologie qui s’ensuit. Le fait qu’il ait failli détruire Republic City à ses débuts sans que ça ait d’impact durable sur le monde ne fait que donner l’impression que le film et ses conséquences sont inutiles.
En regardant * Avatar Aang: The Last Airbender*, j’en suis arrivé à une conclusion un peu tragique. Si *Avatar* veut un jour retrouver son niveau d’antan, il doit tourner la page sur Aang. Soit aller de l’avant, vers une ère complètement nouvelle, comme on le voit dans *Avatar : Seven Havens*, soit (de préférence) remonter dans le temps, jusqu’à une époque bien antérieure à l’attaque de la Nation du Feu, pour explorer ce monde et découvrir comment d’autres Avatars ont géré la situation dans laquelle ils se sont retrouvés. Si on continue à puiser dans la nostalgie du Gaang, ça ne fera que nous rappeler cette série originale et phénoménale qui nous a captivés il y a vingt ans. Le niveau fixé par cette série ne sera peut-être jamais dépassé, mais tu te donnes beaucoup moins de chances si tu ne vas pas de l’avant.