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De la science-fiction optimiste, ça change agréablement – Interview de Becky Chambers sur « Celsius 232 »

La science-fiction ne parle pas forcément toujours d'un avenir dystopique, qu'il soit proche ou lointain. On a vraiment adoré cette conversation passionnante avec l'auteur des séries « Monk & Robot » et « Wayfarers », où on a parlé de l'évasion par rapport à la résistance, des gens ordinaires qui deviennent des héros, de ce que signifie « la famille qu'on se construit », de la différence entre « vivre » et « simplement survivre » dans la science-fiction, et des raisons pour lesquelles certaines histoires sont tout simplement impossibles à adapter au cinéma.

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"Salut les amis de Gamereactor, c'est mon dernier jour au Celsius 232 à Avilés, dans les Asturies, en Espagne.
Et tu sais, on a déjà rencontré plein d’auteurs, dont beaucoup étaient des auteurs de fantasy, c'est donc un plaisir et c'est vraiment sympa de parler de science-fiction pour changer."

"Alors merci beaucoup d'être avec nous, Becky.
Ton œuvre est souvent décrite comme optimiste, de la science-fiction optimiste.
Tu dirais que tu utilises ça plutôt comme une évasion ou comme une forme de rébellion ?
Oh, je dirais que c’est un bon mélange des deux."

"Si tu lis mes livres et que tout ce que tu en retiens, tout ce que tu en retiens, entre guillemets, c’est une évasion, c’est très bien.
Ça veut dire que tu te reposes, que tu reprends des forces pour affronter ce qui t'attend ensuite.
La rébellion, par contre, en fait clairement partie.
J’écris certes des livres qui dépeignent des avenirs pleins d’espoir ou positifs, mais ça vient clairement d’un sentiment de résistance et souvent de colère de ma part."

"Je pense que dans un monde où on est confrontés à tant de défis énormes et où on reçoit de tous côtés ces messages accablants qui nous disent « c'est comme ça, ça ne s'améliorera jamais », l’une des choses les plus puissantes qu’on puisse faire, c’est de camper sur nos positions et de dire : « Non, on croit qu’un monde meilleur est encore possible. » On croit que tout peut changer et que tout ce que tu as à faire, c’est de garder cet espace ouvert en toi."

"Et je pense que ça répond en partie à ma question suivante, qui porte sur le genre de personnes, les personnages que tu utilises.
Ce ne sont pas des héros qui sauvent la galaxie.
Ce sont plutôt des gens comme tout le monde.
Alors pourquoi est-ce qu’ils t’attirent plus que, disons, les héros qui sauvent la galaxie, comme je l’ai dit ?
Est-ce que ça a un rapport avec ce que tu viens de dire, ou qu’est-ce que tu peux me dire d’autre sur ton choix de personnages ?
Eh bien, ça fait vraiment partie intégrante de la même réflexion, surtout quand j’écris des histoires qui se passent dans l’espace, parce que tant dans la fiction que dans la réalité, on a cette impression que l’espace, c’est un truc réservé à l’élite, pas vrai ?
Ici, dans le monde réel, tu sais, on a commencé avec l’élite militaire pendant la course à l’espace."

"On est ensuite passé à l’élite intellectuelle, tu sais, la crème de la crème.
Et maintenant, on est dans une époque où c’est l’élite économique, les super-riches, qui ont accès au cosmos.
En réalité, l’espace appartient à tout le monde.
On fait tous partie, à parts égales, de cet univers immense et merveilleux."

"Et je pense que c’est important que la fiction reflète cette réalité.
Si toutes nos histoires ne parlent que de, tu sais, ce héros extraordinaire, cet homme seul contre l’univers, ça renforce l’idée que l’espace n’appartient qu’à une poignée d’entre nous.
Je veux raconter des histoires sur le reste d’entre nous, sur les gens ordinaires qui ont tout autant leur place, et qui ont tout autant le sentiment d’y appartenir que n’importe qui d’autre."

"Et un autre élément de tes œuvres, c’est la famille choisie, plutôt que la famille traditionnelle.
Alors, qu’est-ce qui te touche particulièrement dans ce choix de relier ces personnages et de tisser des liens entre tes histoires ?
Eh bien, nous, les humains, sommes une espèce profondément sociale.
On est une espèce sociale par nature."

"Et les liens qui nous unissent ne sont pas seulement notre plus grande force, ils constituent notre capacité d’adaptation la plus puissante.
Et donc, encore une fois, tout ça fait partie d’une même idée, n’est-ce pas ? L’idée qu’aucun d’entre nous ne peut affronter la réalité tout seul, ni affronter l’existence tout seul, et qu’on est au meilleur de nous-mêmes quand on travaille ensemble."

"Et c’est pour ça que j’ai tendance à éviter d’avoir un seul protagoniste.
Je préfère souvent écrire des ensembles ou des duos où on explore différentes perspectives d’un moment et d’un lieu communs.
Je pense que ça reflète à la fois notre nature coopérative et notre besoin de continuer à coopérer si on veut construire ces avenirs meilleurs et relever ces défis de manière durable."

"Cette interview est déjà très optimiste. Ça me ferait du bien d’en profiter un peu.
Bon, je voulais te poser une question sur un moine et un robot, et sur un autre angle que tu abordes ici, ou encore une question que tu poses : comment on vivra quand tous nos besoins fondamentaux auront été satisfaits.
Je trouve ça très intéressant et très original."

"Tu penses que la science-fiction se concentre un peu trop sur l’aspect « survie » plutôt que sur la façon dont on vivrait une fois que tout ça serait assuré ?
Je pense effectivement qu’il y a un déséquilibre là-dessus.
Je pense que les histoires qui parlent de lutte immédiate, de survie immédiate, d’avenirs dystopiques, Je pense vraiment qu’elles ont un rôle à jouer dans notre débat culturel sur ce que pourrait être l’avenir."

"Ce sont des histoires qui sont non seulement importantes pour que le lecteur y trouve une catharsis, mais aussi pour que le créateur puisse exprimer ses propres peurs, ses propres angoisses face à certaines choses.
Et puis, ce sont tout simplement des histoires passionnantes. On raconte ces histoires pour une bonne raison.
Mais si ce sont les seules histoires qu’on raconte, alors l’avenir devient forcément quelque chose qui nous fait peur, un avenir dont on sait qu’il sera synonyme de souffrance et de grandes épreuves."

"Y a rien là-dedans qui te donne envie, qui t’enthousiasme ou même juste qui te donne la détermination d’y aller et d’y faire face.
Du coup, mes histoires se passent souvent après un effondrement, dans une sorte d’univers post-post-dystopique.
Il s’est passé quelque chose qui a rendu nécessaire un changement radical, et voilà à quoi ça ressemble."

"Je m'efforce de ne pas dépeindre des sociétés parfaites, qui seraient juste en perpétuel mouvement.
Ce sont des choses qui demandent un travail actif.
Mais je crois qu’il est crucial pour nous d’avoir un objectif qui aille au-delà de la simple survie animale.
On doit savoir ce qui va donner tout son sens à ce combat, et c’est ce que j’essaie de montrer."

"Génial. Et pour finir, certains de tes fans disent que ton œuvre est impossible à adapter au cinéma.
Tu comprends ça ? C'est peut-être trop intime, trop personnel, et ça repose trop sur les personnages pour qu'on puisse en faire une adaptation.
Tu vois ça comme une limite, ou tu penses plutôt que ces histoires ont leur place dans les livres ?
Je pense que mon moyen d’expression, c’est l’écriture, et c’est donc ce que je privilégie."

"Et j’expérimente sans cesse avec la structure, la forme, tout ça.
Ce qui m’importe, ce n’est pas de savoir comment ces histoires sont adaptées.
Ce qui m’importe, c’est d’écrire le meilleur livre possible à ce moment-là.
Maintenant, si quelqu’un veut s’en emparer et en faire quelque chose, j’adorerais voir ça."

"Et je pense que ce serait un défi vraiment génial de voir quelqu’un s’attaquer à tout ça.
Mais j’écris des livres, et ça me suffit.
Et si tu devais choisir un de tes livres pour qu’il soit adapté, lequel penses-tu qui se prêterait le mieux à une adaptation audiovisuelle, que ce soit au cinéma, à la télé ou peut-être même en jeux vidéo ?
Je pense que ma série « Wayfarer », en particulier, a été écrite avec beaucoup d’amour pour la science-fiction des années 90 que je regardais à la télé."

"Et donc je pense que si tu devais… J’ai l’impression que c’est déjà, d’une certaine manière, une saison de série télé toute prête.
C’est vraiment comme ça que j’imaginais la série télé dans ma tête quand j’ai écrit le livre.
Je pense que, quelle que soit l’œuvre dont il s’agit, j’aimerais vraiment voir une adaptation concrète, que l’on puisse toucher."

"J’adorerais voir un dessin animé. J’adorerais voir des marionnettes. J’adorerais voir des effets spéciaux pratiques.
Je mets beaucoup d’énergie à rendre mes univers aussi palpables et réels que possible.
Et donc, si ça devait arriver, j’adorerais voir une adaptation qui soit tout aussi réelle.
Et je pense que c’est important de nos jours aussi : être vrai, donner l’impression d’être vrai et rester optimiste."

"Alors merci beaucoup de m’avoir accordé un peu de ton temps. Profite bien de tes huit derniers jours au Celsius, Becky.
Merci. Ça a été un plaisir d’être ici."

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