Au lendemain de la crise migratoire à Ceuta, quand plus de 60 000 migrants sont entrés dans l'enclave espagnole sur la côte marocaine en contournant les frontières, les services de renseignement espagnols ont analysé la situation et sont arrivés à la conclusion que cet afflux massif de personnes n'avait pas été orchestré par le Maroc, mais que les autorités marocaines avaient facilité leur entrée, le gouvernement de Rabat ayant tiré profit de la résonance internationale de l'événement, malgré la confirmation de la mort par noyade de 72 personnes en mer.
D’après leur analyse, rapportée ce matin par El País, l’arrivée de milliers de migrants (qui avait augmenté de façon exponentielle les jours précédents avant d’exploser le jeudi 30 juillet, le jour où des milliers de personnes sont entrées en même temps et ont submergé cette ville de 85 000 habitants) trouvait son origine dans une fausse rumeur diffusée sur les réseaux sociaux et dans des groupes de messagerie, à la suite d’un récent arrêt de la Cour suprême espagnole stipulant que les migrants arrivant à la nage à Ceuta et Melilla ne pouvaient pas être expulsés sans autre forme de procès, mais devaient faire l’objet d’une procédure administrative.
Du coup, des milliers de Marocains, surtout des jeunes hommes, ont cru qu’ils pourraient rester en Espagne sans être rapatriés, mais ça n’a pas été le cas, et la plupart sont retournés au Maroc, en traversant maintenant les frontières à pied, quelques jours après être entrés dans le pays par la mer. Une nouvelle barrière physique a été installée en mer.
Le jeudi 30 juillet était aussi un jour férié au Maroc, la Fête du Trône, et la surveillance aux frontières a été réduite au minimum, puis complètement levée, ce qui a permis aux foules de passer.
Les services de renseignement espagnols pensent que les autorités marocaines étaient au courant de la fausse info qui circulait sur les réseaux sociaux, mais qu’elles n’ont rien fait pour l’empêcher, car elles y voyaient une occasion de nuire à l’image internationale de l’Espagne et à son gouvernement, avec lequel elles sont en conflit sur de nombreux fronts, notamment la position de l’Espagne sur le Sahara occidental (l’Espagne a récemment accordé la nationalité à environ 70 000 Sahraouis de souche nés sous administration espagnole avant 1976 et à leurs descendants au premier degré) ou un accord récent entre l’Espagne et l’Algérie (un rival politique du Maroc). Certains pensent que le choix de la ville hôte de la finale de la Coupe du monde 2030, dont l’organisation est partagée entre l’Espagne, le Portugal et le Maroc, n’est pas encore décidé, et que ça pourrait être une autre raison pour le Maroc de tirer profit d’une crise politique en Espagne… même au prix de vies humaines parmi ses propres citoyens.