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Handigamer : Le jeu vidéo pour tous !

En 2017, l'ingénieur de formation David Combarieu lançait avec son beau-fils Théo le projet Handigamer. L'objectif : fabriquer des manettes adaptées pour personnes handicapées. Un an après, il compte faire du projet une réalité entrepreneuriale.

  • Auteur: Héloïse Linossier
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David Combarieu à la Paris Games Week,

Comment vous est venue l'idée d'Handigamer ?
C'était un besoin familial au départ parce que mon beau-fils est lui-même tétraplégique. Il m'a
harcelé pour que je lui trouve des solutions pour qu'il puisse jouer correctement à tous les
jeux. C'est donc comme ça qu'on a trouvé la première solution, pour lui permettre d'ajouter
des boutons autour de sa manette. Ça a pris énormément de temps ! Des week-ends entiers à
essayer et surtout à casser des manettes. Il y en a au moins deux qui sont parties à la poubelle.

Et puis, il y a un an, on a décidé ensemble de pousser le principe plus loin et de proposer des
adaptations à d'autres joueurs. De fil en aiguille, on a travaillé sur Xbox et on a livré à peu près
trente-cinq manettes jusqu'aujourd'hui.

D'où vous vient le projet de rendre accessible au plus grand nombre cette expérience
personnelle ?

Du parcours de mon beau-fils. Il a rencontré d'autres joueurs, dans la même situation que lui,
des jeunes qui avaient souvent subis un accident. En fait, il m'a dit très vite que le jeu vidéo
était vraiment un sujet de conversation important dans les cliniques de réadaptation, parce
qu'il y a une population plutôt jeune et plutôt masculine, sur des accidentés de la route, du
sport... Donc le jeu vidéo était vraiment un sujet de discussions important et d'inquiétudes
pour beaucoup de jeunes.

Vous avez donc perçu une véritable demande ?
On a senti qu'il y avait une demande dans le milieu hospitalier. Après, assez rapidement on a
rencontré d'autres acteurs sur le même sujet et on s'est rendu compte qu'il y avait une
communauté de joueurs handicapés qui se formait. Ça nous a conforté dans l'idée qu'au
niveau du matériel, il y avait vraiment un manque en fait. Les gens cherchaient des solutions.

Comment avez-vous financer le projet ?
On a commencé par un financement participatif en mai 2017. Ça nous a permis de d'avoir les
moyens de fabriquer des prototypes et de payer des salons. On a pu vraiment démarrer les
démos et montrer ce qu'on pouvait faire. En fait, il fallait vraiment qu'on montre la faisabilité
des choses. On s'est donc fixé quelques objectifs au départ : comment jouer avec une main,
avec les pieds et avec les poings. Beaucoup de personnes tétraplégiques ont une mobilité des
bras mais ne peuvent pas bouger les doigts. On a donc traité tous ces cas-là, petit à petit. On
a financé tout ça avec le financement participatif.

Pourquoi avoir fait ce choix du financement participatif ?
Parce que c'était facile à mettre en œuvre pour démarrer. On voulait quelques milliers d'euros.
On ne pouvait pas non plus faire une levée de fonds faramineuse avec juste une idée et un
prototype. On a fait ça parce que c'était rapide et parce que, aussi, quand on fait un
crowdfunding il faut vraiment miser beaucoup sur la communauté. On avait déjà constitué un
groupe de personnes qui nous suivaient, et qui étaient vraiment intéressées. On savait donc
que ça pouvait démarrer rapidement ainsi.

Mais quel statut a aujourd'hui Handigamer ?
C'est un projet que j'ai porté en tant que travailleur indépendant. Il va devenir une structure un
peu plus solide dans les semaines à venir. J'envisage de fonder la SAS Handigamer.
J'imagine que ce changement est le signe de nouveaux objectifs...

Jusqu'à maintenant, on fabriquait des manettes artisanales, c'est-à-dire qu'on les démonte,
on les modifie etc. Ce qu'on va essayer de faire, c'est de proposer des choses plus industrielles
qu'on peut fabriquer plus rapidement et qu'on peut vendre certainement un peu moins cher.
Si on arrive à traiter 60% des demandes avec ces produits standards, qu'on sait fabriquer
rapidement, ça nous permettra de continuer à traiter celles qui sont un peu plus spécifiques.,
où il faut vraiment personnaliser, chercher de nouvelles solutions. Continuer à répondre à
toutes les demandes, c'est notre objectif.

Microsoft et sa filiale jeu vidéo Xbox ont sorti une manette « hub », spécialement
adaptée pour les personnes handicapées et qui permet de connecter de nombreux
périphériques, comme vos produits. Existe-il une collaboration entre Xbox et
Handigamer ?

L'équipe Xbox France nous suit depuis quasiment le début du projet. J'avais à l'époque
contacté son directeur Hugues Ouvrard pour lui montrer ce qu'on faisait et lui demander son
avis. Il nous a immédiatement soutenu, par une forte communication. Il nous a mis en avant
devant les médias. Il nous a invité à Paris lors d'une conférence fin 2017 au Cnam [Conservatoire Nationale des Arts et Métiers] donc avec des chercheurs, des intervenants et
des joueurs handicapés invités pour partager leur expérience. Aujourd'hui, Xbox regarde de
près ce que l'on fait. Evidemment ça leur plait bien parce qu'on travaille sur des accessoires
qui vont être compatibles avec leur matériel. C'est plutôt une bonne chose pour eux. Il n'existe
par contre pas de partenariat contractuel, c'est vraiment un soutien amical. De notre côté, on
essaye de promouvoir l'engagement inclusif d'Xbox.

Avez-vous perçu des subventions, ou participé à des partenariats ?
Aujourd'hui, on est engagé sur quelques démarches sur des aides à des créations
d'entreprises. J'ai suivi une formation de trois mois intensives dans un accélérateur de startup
à Toulon. On a également des travaux en cours. Par exemple, IBM a sélectionné le projet, sur
un volet un peu à part de la partie mécanique : la reconnaissance vocale. On est en train
d'étudier la commande vocale pour voir si on peut faire des choses simples et efficaces, qui
serait un complément aux manettes, pour certains joueurs qui en auraient besoin.

Quels sont vos autres projets ?
Outre la partie conception, nous souhaitons investir la scène esport [la compétition de jeu
vidéo]. A partir du moment où on fournit du matériel pour les joueurs, toute une palette de
joueurs avec des compétences, des performances sur les jeux va se former. Donc ces joueurs,
on peut très bien les inclure dans les compétitions. On pense organiser des compétitions,
inviter les joueurs munis de matériel. On va faire avancer les choses dans ce sens-là.

Les périphériques d'Handigamer (au premier plan) peuvent venir compléter par exemple la manette adaptée Xbox (au second plan) qui ne possède que deux boutons et un joystick.